• Quelques temps après la fin du salon Les Beaux jours de la petite édition 2015, François Bernheim, fondateur et journaliste du web magazine Mardi ça fait désordre, m'avait demandé de répondre à ses questions. Dans un article publié le 23 mai en voici les réponses :

     

    Un événement majeur ne fait pas forcément du bruit. Mais tous ceux qui aiment la littérature et la poésie doivent connaitre l’existence de ce salon, examiner ses choix, ses intuitions, sa capacité à créer « un ailleurs » où l’âme et le cœur  de chacun se trouvent confrontés avec cet « autre » indispensable sans lequel nous ne pouvons ni respirer, ni avancer. Lors de la dernière et 5ème édition du salon  Les beaux jours de la petite édition des 4 et 5 Avril nous avons eu la chance de rencontrer son organisateur Antoine Gallardo, créateur  de l’association  la boucherie Littéraire.  C’est son projet qui répond à nos questions. Merci à lui.

    François Bernheim

     

    1/ Au démarrage quel était l’objectif du salon ?

    Les Beaux jours de la petite édition, est un salon du livre qui permet aux lecteurs habitués des prescriptions médiatiques de rencontrer les artisans de la littérature d’aujourd’hui. Ce salon a la volonté d’offrir des rencontres avec des éditeurs exigeants souvent méconnus du grand public, mais aussi des grands médias dits de références.

    Les éditeurs de petites tailles ne publient pas de la petite littérature, il ne faut pas faire d’amalgame. Et cela, François, tu l’as très bien explicité dans ton article (http://cafaitdesordre.com/blog/2015/04/oh-les-beaux-jours/)

    Ce salon est avant tout un salon d’éditeur. Il a pour objectif d’offrir un salon du livre généraliste qui se veut multi-générationnel auprès d’un public lambda.

    Les auteurs présents le sont car leurs éditeurs le sont également. Ils sont des passeurs sensibles. Ce sont eux qui font le lien entre le public et les éditeurs.

     

    2/ Y-a t-il eu une évolution au fil du temps ?

    La première année, le salon a fait figure de manifestation anecdotique, un peu comme un ovni au milieu des manifestations culturelles en place. Le choix d’un petit village loin des grands axes routiers a surpris. Et le simple fait de proposer de rencontrer des auteurs et des éditeurs strictement inconnus du grand public a laissé perplexe.

    Et pourtant, au fil des ans, il a pris ses aises. Installé sur le versant Sud du Luberon, il est devenu, dans la région, le premier rendez-vous littéraire de l’année renouant avec les premières journées ensoleillées du printemps. Il a su apprivoiser son public qui lui est fidèle et qui croît chaque année.

    Il est une place de rencontres professionnelles favorisant les échanges entre éditeurs, libraires et diffuseur, mais aussi entre auteurs, illustrateurs et éditeurs.

    Chaque édition a vu son profil se modifier afin de proposer des rencontres de meilleures qualités. Chaque année deux éditeurs sont à l’honneur et nous gardons le principe d’une rencontre avec chacun d’eux séparément ou ensembles.

    En 2012, sans tenir compte du programme établi, des auteurs ont proposé à d’autres auteurs de se joindre à leur lecture, ainsi est né le principe des lectures croisées que nous avons définitivement adopté.

    Depuis, 2014, en partenariat avec le l’Agence régionale du livre P.A.C.A. nous avons mis en place un rendez-vous professionnel traitant de questions où peuvent se retrouver tous les acteurs de la chaîne des métiers du livre mais aussi le grand public.

    Enfin, depuis 2015, grâce aux subventions publiques, nous avons pu rémunérer tous les auteurs en lecture.

     

    3/ De nouvelles envies pour l’avenir ?

    Le salon doit continuer sur sa lancée visant à professionnaliser la manifestation. J’ai le souhait d’un salon plus ouvert sur le grand public, désir de passer le salon sur 3 jours, avec la journée du vendredi consacrée aux rencontres avec les scolaires. Aujourd’hui la salle des stands éditeurs du salon fait 450 m2 et réuni publications jeunesse et adulte. D’ici 3 à 4 ans, je souhaiterais installer un chapiteau d’une taille similaire et avoir deux lieux distincts : un pour l’édition jeunesse et l’autre pour l’éditions adulte.

     

    4/ En quoi le salon est-il en phase avec l’époque et éventuellement en état de résistance ?

    À l’heure où la plupart d’entre nous défendent le principe de bio diversité, Les Beaux jours de la petite édition fait le choix de défendre et soutenir la bibliodiversité.

    La bibliodiversité est la diversité culturelle appliquée au monde du livre. En écho à la biodiversité, elle fait référence à une nécessaire diversité des productions éditoriales mises à la disposition des lecteurs. (définition wikipédia – pour aller plus loin : http://www.alliance-editeurs.org/bibliodiversite)

    Par ailleurs, fort de penser que la diversité des productions éditoriales est nécessaire, ce salon résiste à la facilité. En effet, nous souhaitons maintenir une littérature dite difficile (souvent à tort). Ainsi, chaque année nous permettons à des éditeurs de poésie et de théâtre d’être présent et de revenir l’année d’après.

     

    5/ Pourquoi est-ce si important de mettre en avant des éditeurs ?

    En soi, n’y a pas de petits ou de gros éditeurs. Il y a seulement des femmes et des hommes, découvreurs et curieux par nature. Il n’y a que des éditeurs.

    Toutefois, le monde de l’édition est un iceberg dont on ne connaît bien que la partie émergée. Ceux qui façonnent la littérature contemporaine sont rarement à la lumière. Ils sont des mineurs de fond, des prospecteurs de pépites littéraires et parfois, grand bien nous fasse, des fous.

    La petite édition est l’entreprise littéraire qui grandit tout en restant à taille humaine.

    Ainsi nombres de maisons d’édition, âgées de 15, 20 ou 30 ans et plus, possèdent des catalogues conséquents mais demeurent de petites maisons d’éditions.

    La petite édition, aujourd’hui, est celle pour ainsi dire absente des rayons de la plupart des librairies.

    Aussi, les éditeurs qui ont fait le choix, commercial (entreprise), d’investir dans l’édition de création doivent recevoir notre soutien. Car ils sont un maillon important de la chaîne des métiers du livre.

    Si, sur le salon, je privilégie les éditeurs aux auteurs, c’est parce que la place de l’éditeur est plus précaire que celle de l’auteur. Dans le sens où l’éditeur qui fait le choix d’investir (financièrement et personnellement) sur des auteurs de grande qualité, peut ne pas obtenir le succès escompté. Il peut même aller jusqu’à disparaître. Et un éditeur qui disparaît, aujourd’hui, peu s’en émeut. Pour ce dernier, rebondir est souvent impossible, alors qu’un auteur s’il a du talent, il trouvera toujours un autre éditeur pour le publier. Et il poursuivra son bonhomme de chemin.

     

    6/ Quels sont tes critères pour les choisir ?

    La Boucherie littéraire propose de mettre en lumière une sélection d’éditeurs venus de toute la France et de l’étranger, tout en maintenant une offre culturelle diversifiée et de qualité. En effet, puisqu’il y a une volonté d’offrir un salon du livre généraliste, il faut veiller à équilibrer l’ensemble des genres représentés.

    La sélection des éditeurs se fait selon différents critères :

    – Sur leur politique éditorial : cohérence du catalogue, nombre de titres… ;

    – Auteurs publiés à compte d’éditeur. De fait aucun auteur ne vient en qualité d’autoédité, ni sous forme d’auto-entrepreneur et ne sont pas reçues les maisons d’éditions publiant à compte d’auteur ;

    – Éditeurs prenant les risques de l’édition et assurant une diffusion et une distribution de leurs ouvrages dans un ensemble significatif de librairies.

     

    7/ Vas-tu au-delà ou parfois contre tes propres goûts poétiques et littéraires ?

    Évidemment. C’est un salon pour tous, pas pour moi. Sur le principe d’un salon du livre généraliste, il y a forcément des genres éditoriaux qui ne m’intéressent pas. Mais ces derniers ont leur public et il faut respecter tout autant leur travail que leur public. Il existe nombre de structures éditoriales publiant dans des champs aussi divers que l’alimentation, le sport ou la spiritualité par exemple qui ne font pas parti de mes goûts en matière de lecture. Mais, dont je souhaiterais la présence sur le salon, Or il s’avère difficile de les faire se déplacer, car souvent habituées à des salons encore plus spécialisés…

     

    8/ Au fils des éditions quels ont été les grands débats qui ont agité le salon ?

    En soi, le salon est en lui-même atypique. S’il est en résistance, il n’est pas pour autant révolutionnaire. Il a posé des questions comme «  La grande inconnue du grand public, quelle visibilité pour la petite édition ? » ou encore sur la nécessité et la difficulté de traduire des textes de langues autres que l’anglais d’Angleterre ou des États-Unis. Des questions sur les choix éditoriaux ou le désir d’avancer coûte que coûte… Pas de grands débats, mais plutôt des rencontres permettant à chacun de prendre conscience ou connaissance d’un univers qu’il méconnaît.

    9/ As-tu eu des moments d’émotions fortes dont tu te souviens ou dont Ivy se souvient ou tes amis, connaissances t’ont-ils fait part des leurs lesquels ?

    Pour Ivy, ce fût en 2012 la première lecture croisée improvisée par Yves Artufel, Frédérick Houdaer et Thomas Vinau. Le programme prévu a été chamboulé, mais ceux qui ont assisté à ce ping-pong poétique en sont ressortis sur un nuage…

    Pour ma part, Je dirais qu’il y en a deux.

    Les moments d’émotions fortes je les vis annuellement, quand le salon devient concret. Dés la veille de celui-ci, le vendredi soir lors de l’accueil des éditeurs et des auteurs qui arrivent de loin. Avec certains d’entre eux, nous communiquions depuis plusieurs années sans réussir à nous rencontrer. C’était le cas avec Sabine Chevallier des éditions Espace 34 avec qui j’échangeais et travaillais depuis 7 ans. Le salon en 2014, nous avait permis d’enfin nous rencontrer. Mais cette année, je n’étais pas le seul dans ce cas. En effet, les deux éditeurs invités Jean-Louis Massot (Les Carnets du dessert de lune) et Yves Artufel (Gros Textes) travaillant chacun depuis 20 ans dans l’édition, fréquentant les mêmes personnes, et ayant déjà travailler ensemble à distance, se sont rencontrés, en chair et en os, pour la première fois cette année sur le salon.

    Émotionnellement, cette manifestation m’a permis de faire de formidables rencontres et de me lier d’amitié avec nombre d’éditeurs/trices pour qui j’ai beaucoup de respect et d’admiration. Les Beaux jours de la petite édition sont une place de retrouvailles après des mois passés à communiquer par Internet ou par téléphone.

    Un autre moment émotionnellement fort s’est produit cette année. C’était lors de la remise des prix du concours de poésie pour les enfants (de 7 à 12 ans) que la Boucherie littéraire a créée : Les premiers poètes.

    D’une part, ce concours a permis d’établir un contact avec des écoles et de les faire participer indirectement à la vie du salon.

    D’autre part, de voir le public composé des familles des participants (primés ou non) occuper tout l’espace du salon et le remplir jusqu’à déborder m’a fait chaud au cœur. J’avais enfin l’impression que tout ce travail n’avait pas été vain. Et il m’était important d’enfin intéresser le public local, alors que jusqu’à présent il venait essentiellement des villes et départements voisins.

    Ce concours a plu et c’est quelque chose que nous allons poursuivre. Comme tout ce que j’entreprends, rien ne se fait sans désir de pérennisation.

    Enfin, ce concours à l’avantage de garantir la présence de la poésie chaque année sur le salon. Genre, dont on aura compris qui m’est cher.

     

    10/ Quel éditeur veux-tu que la Boucherie  littéraire soit ?

    Avec un seul titre sorti et trois en préparation, que j’espère pouvoir faire sortir avant avril 2016, il est difficile de parler d’un « vouloir » alors que les choses reposent et sont régies pour le moment sur un « pouvoir » — entendre le verbe.

    Je peux dire que les éditions la Boucherie littéraire ne sont pas le fait du hasard ou de rencontres fortuites. Elles sont un cheminement et un mûrissement des désirs qui placent la poésie vivante sur son billot.

    Ma vision est l’affirmation d’une poétique éditoriale.

    Au-delà de ce que j’imagine, je sais vers quoi je vais sans connaître, heureusement, l’itinéraire de ce voyage.

    Je me souhaite des destinations où je pourrai partager avec les lecteurs de nouvelles sensibilités et de belles rencontres humaines et littéraires. Je ferai escale là où les mots et les blancs de la page distillent l’essence de poésie qui nous irrigue.

     

    11 / À quelle question non posée aurais-tu envie de répondre ?

    Le salon vient de fêter ses 5 ans. Comment le vois-tu pour ses 10 ans ?

     


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    René Lovy co-auteur avec Thomas Vinau de p(H)ommes de terre

    expose du 15 au 28 juin 2015 à Delémont, en Suisse

    René Lovy... et patati et patata...

     

    René Lovy... et patati et patata...

     

    Pour aller plus loin visitez le site de Fondation Anne & Robert Bloch

    et celui de René Lovy


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  • Adhérez à la Boucherie littéraire

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  •  

    Le 18 mars dernier, Claude Vercey publiait un article sur nos p(H)ommes de terre via les I.D [I.D n° 551 : Rire et souffrir (T. V)] sur le site de la magnifique revue Décharge.

    Avec l'accord de l'auteur, je vous en livre ici le contenu. Mais que cela ne vous empêche pas d'aller explorer le riche site de la revue ni de vous abonner à cette dernière !

    Merci Claude Vercey pour cette belle critique.

     

    Original, le dernier livre de Thomas Vinau : P(H)ommes de terre : assurément ! Moins cependant que l’auteur l’aurait souhaité. Son titre m’a ramené quant à moi quelques années en arrière, jusqu’en 2008, déclarée Année internationale de la Pomme de terre (hé, si !) par la F.A.O et qu’avait alors mis à profit Jean Foucault pour s’activer autour du thème, multiplier les interventions, expositions, lectures et publications, pas moins de quatre livres, cinq peut-être bien, dont un P’Hommes de terre, aux éditions Corpus. Que Thomas Vinau me pardonne de faire le rabat-joie car son livre est néanmoins réussi.
     

    Nos "p(H)ommes de terre" critiqués par Claude Vercey Et à cette réussite il convient d’associer à part égal son co-auteur, l’artiste suisse René Lovy dont je découvre pour l’occasion la démarche hors du commun, fondée sur cette matière première qu’est la pomme de terre, qui comme toute matière vivante évolue, se métamorphose, se flétrit et se putréfie : il aime la modification du vivant où se mesurent sans fard les outrages du temps, est-il indiqué en post-face à propos de l’artiste. Et ces outrages se mesurent on ne peut mieux dans la collection de masques tuberculeux qui sont présentés et leurs attachantes, voire perturbantes figures, à partir desquelles Thomas Vinau médite et inscrit en échos de brèves formulations pleines de sens et de sensibilité.

     

     L’association d’un art plastique avec la poésie est souvent féconde, d’autant plus heureuse que l’artiste entraîne son compagnon à explorer un domaine nouveau, ouvre un pan d’imaginaire où le poète seul ne se serait peut-être pas risqué. Et c’est bien ici ce qui arrive, encore que Thomas Vinau, poète protéiforme comme lui-même se définit, a déjà montré par le passé la malléabilité de son écriture. Au regard des masques de René Lovy il montre plus de gravité qu’à l’ordinaire, et dans les étranges miroirs qui sont tendus à sa réflexion, se dessinent des grimaces qui sont celles de la souffrance et de la mort :

    Germer
    Gémir
    Durcir

    C’est ma façon de mourir
    qui me dessine

    L’habileté du poète est de n’être pas resté au rôle de commentateur : il s’est investi dans la démarche au point que le masque devienne un porte-parole : les poèmes sont écrits à la première personne, du singulier ou du pluriel, manière de partager avec tout vivant ces variations sur le Rire/souffrir.

    Bien sûr
    que nous avons
    mal

    Tous

    Il n’est pas
    la plus petite
    existence
    qui ne soit indigne
    de souffrir.

     

     

    p(H)ommes de terre de René Lovy & Thomas Vinau, collection Les petits farcis, éditions la Boucherie littéraire, 72 pages couleurs, janvier 2015, 16,50 € 

    I.S.B.N. 978-2-9551283-0-5 — Distribution Serendip Livres


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  •  Oh les beaux jours ! ... par François Bernheim

    François Bernheim fondateur du web magazine Mardi ça fait désordre était venu spécialement de Paris pour découvrir l'univers du 5ème  salon du livre Les Beaux jours de la petite édition de Cadenet.

    Il nous livre sur son site un article pour dire l'émotion. Merci François pour ton regard, tes émotions et tes mots.

     

    Du 4 au 5 Avril La Boucherie littéraire et la Mairie de Cadenet faisaient salon : Les beaux jours de la petite édition , 5ème année. Juste le bonheur.

    Est-ce possible de tout prévoir sans jamais égratigner la liberté de qui que ce soit ?

    Est-ce possible d’éditer des livres pour l’amour des textes, le plaisir des yeux et du toucher à 200, 300 exemplaires ?

    Les responsables de ces maisons d’édition qui doivent tout faire sans rien déléguer sont-ils encore des individus fréquentables ?

    Toutes ces questions intéressent-elles d’autres fondus que ceux qui éditent ces livres ?

    photos Pascale GozeLe géniteur de ce salon se nomme Antoine Gallardo, le fameux boucher du Lubéron. Déjà de par ses initiales AG  ( assemblée générale ) est multiple et le travail réalisé est stupéfiant. En toute discrétion et pudeur, il capable de tout organiser, exposants, logement, transport, débats, lectures, miam miam, boissons diverses, rhum de toutes les couleurs, etc , faisant en sorte que chacun , à son rythme, puisse goûter aux plaisirs de la découverte, de la rencontre, de l’échange et du moment présent. Bien sûr, pendant ces deux jours AG n’est pas seul, la merveilleuse Ivy et d’autres bénévoles accueillent les visiteurs avec autant de grâce que de gentillesse.

     

    On en vient à penser que la densité, la fantaisie et le professionnalisme rigoureux des éditeurs présents , 32 pour 35 exposants est aussi sensible, appréhendable que la qualité littéraire ou poétique de leurs auteurs. Et c’est aussi à cette aune qu’il faut mesurer la qualité du salon. Un frémissement nous prend : Un livre pourrait bien avoir plusieurs auteurs ! Celui ou celle qui écrit, le lecteur, la lectrice, l’éditeur, l’éditrice.(1)

    Oh la belle découverte !!! cela est vrai depuis la nuit des temps. Certes, mais on n’en parle pas. Le mérite de ce salon est bien de mettre à l’honneur le talent littéraire, poétique, artisanal des accoucheurs de livres et donc d’encourager des vocations nouvelles.

    D0AxApGuofQCl1oo2HlVsm1ClGYBvATXsNaMHXAvT_kLes nouvelles technologies, associées au talent et à la volonté sans faille d’artisans qu’aucune corvée, obstacles , n’arrête, ont leur part dans cette réussite. Mais c’est en priorité l’originalité de démarches aussi volontaristes que susceptibles de capter l’aléatoire qui retient l’attention. Ici à Cadenet ce n’est pas la secte de ceux qui savent tout, la cohorte des spécialistes des vocations manquées et de l’entre soi qui est réunie. Ici la fluidité des échanges, l’exigence bienveillante de tous, force à comprendre qu’en 2015, petite édition ne signifie pas, petite littérature, petite poésie, bien au contraire.

     

    Toute personne aimant lire passionnément ou tout lecteur occasionnel peut donc saisir l’importance qu’il y a à exercer sa curiosité, à prendre des risques pour que vive la diversité, la pluralité des expressions littéraires et poétiques.

    Dans un prochain article sur Cadenet on parlera plus spécifiquement des livres, mais aujourd’hui honneur aux éditeurs. J’ai déjà eu la chance de faire le voyage avec deux éditrices ne manquant pas de personnalité : l’une est Virginie Symaniec « les éditions du Ver à soie ». Ardéchoise et biélorusse, elle est historienne et bien décidée à travers les exils, à défendre la pluralité et richesses des cultures de l’est, l’autre, Pascale Goze, « éditions Lunatique » est bretonne d’adoption, grande spécialiste de l’auto-dérision et des chiens heureux. Elle édite des poètes mais aussi de futurs grands romanciers. Après plus de 700 kms inspirés, je ne m’imaginais pas rencontrer d’autres géants de la petite édition et bien je me trompais. Ainsi  et en totale subjectivité :

    … Yves Artufel « éditions Gros textes », Jean-Louis Massot  « Les carnets du dessert de lune » tous deux révérant Richard Brautignan. Fabrice Caracava « éditions le dernier télégramme » funambule inspiré, capable de remplacer au pied levé le poète Julien Blaine , etc. Il y en avait d’autres, sûrement formidables. On parlera prochainement de leurs livres.

    Petite mise au point sans doute inutile. Mardi ça fait désordre parle rarement des gens gris, des romanciers écrivant à la chaîne . Chez nous quand on a envie de crier de bonheur, on ne se gêne pas pour le faire. Nous sommes incapables d’ écrire un article pour cirer les escarpins de nos copains. Que l’on puisse avoir de l’affection et envie de fréquenter ceux que l’on admire parce ce qu’ils font un travail remarquable, ne nous parait en rien répréhensible. Bien au contraire. Oh les beaux jours !(2) Pour rien au monde, je ne manquerais l’édition 2016.

     

    François Bernheim

     

    Voir sur internet : http://cafaitdesordre.com/

    1/ Un certain nombre de ces responsables éditoriaux sont également des auteurs

    2/ Merci  à Samuel Beckett qui hélas n’a pu avoir l’occasion de connaitre ce salon

    Crédit Photo : Pascale Goze


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