• Lire, écrire, traduire : Pourquoi ? Comment ?

    En février prochain, venez participer à une des deux soirées de grande qualité offrant la rencontre de Danièle Robert et Antonio Prete.

    L’écrivain italien Antonio Prete et sa traductrice Danièle Robert présenteront les derniers titres de la collection Stilnovo, des éditions chemin de ronde : L’Ordre animal des choses et À l’ombre de l’autre langue. Pour un art de la traduction.
    Ces deux livres de l’un des intellectuels majeurs de la Péninsule, aujourd’hui le premier spécialiste de Leopardi, viennent affirmer en France la singularité d’une œuvre récemment honorée du prestigieux Premio La Ginestra 2013.

     

    rime

    Danièle Robert

    Écrivain et traductrice littéraire, directrice de la collection Stilnovo aux éditions chemin de ronde.

    Traduire un texte poétique a la même intensité qu'une expérience amoureuse.

    De la traduction de la poésie latine (Catulle, Ovide) à celle du Duecento italien (Guido Cavalcanti) et jusqu'à la poésie contemporaine (Paul Auster, Michele Tortorici), autant de rencontres différentes mais nouées à la même démarche : entrée dans l'intimité d'un poète en vue de réaliser un nouvel objet, certes étroitement lié au texte initial mais vivant également par lui-même : autonome, en tant que nouvelle création.

     

    Sa traduction des Écrits érotiques d’Ovide lui a valu le prix Laure-Bataillon classique en 2004. Celle des épistolaires d’Ovide (Lettres d’amour, lettres d’exil) le prix de traduction de l’Académie française en 2007. Danièle Robert a reçu en 2012 l'unique récompense littéraire consacrée à la traduction de poésie, le prix Nelly Sachs, pour son édition (traduction-préface-notes) du livre Rime de Guido Cavalcanti, publié aux éditions Vagabonde.

     

    À l'ombre deAntonio Prete

    Professeur émérite de littérature comparée à l'université de Sienne, poète et prosateur, essyiste et traducteur.

    Tradurre un testo poetico ha la stessa intensità di un'esprienza d'amore.

    Dans cette entreprise, le traducteur met aussi à l'épreuve sa propre langue. Puisque c'est avec sa langue – histoire, tradition, formes, mode d'expression, usages – qu'il traverse et interroge le pays de la langue étrangère, ses forêts et ses merveilles, ses labyrinthes et ses horizons. Traduire est un pont qui met en relation les différences : passage, dialogue, rencontre.

     

    Antonio Prete est né en 1939 et c'est un spécialiste majeur de Leopardi : il a édité ses Operette morali et Pensieri et lui a consacré plusieurs essais. Traducteur de Mallarmé, Valéry, Jabès, Bonnefoy, Rilke, d’abord de Baudelaire (une traduction très remarquée des Fleurs du mal en 2003), il a également fait paraître de nombreux ouvrages de poésie et de fiction.

     

     

    L'ordre animal L’Ordre animal des choses (L’ordine animale delle cose), est un ensemble de récits puisés à la fois aux sources de la mémoire, de l’imaginaire et de la réflexion sur les rapports qui unissent « les animaux et leurs hommes », comme aurait dit Paul Éluard ; rapports d’attirance ou de crainte, de bienveillance ou de cruauté, de domination ou d’empathie, c’est-à-dire induisant les comportements les plus divers et les sentiments les plus complexes. Ce qui lie tous ces textes, c’est le rapport à la langue : à celle qui est propre à chaque être vivant mais aussi à l’autre langue, étrangère voire étrange, qu’il faut apprivoiser, comprendre, s’approprier ou partager.

    Dans ces récits où le langage articulé des humains est, par la force des choses, dominant, Antonio Prete donne par moments la parole aux animaux, soit que ceux-ci s’avèrent capables de parler la langue des hommes à force de vivre à leur contact – c’est le cas des chiens –, soit qu’il s’agisse d’êtres dont la nature se situe entre l’humain et l’animal (comme on le verra dans « La Fuite ») ou bien dans un univers imaginaire. Parfois aussi les animaux gardent le silence, privilégiant un autre mode d’expression pour manifester leur présence, ou s’expriment au contraire dans leur propre langue, incompréhensible à l’homme ; certains encore, victimes innocentes d’un ordre qui les nie, n’ont d’autre possibilité que crier leur détresse.

    Pour aller plus loin vous pouvez découvrir la note de lecture par Gérard Arseguel du 9 octobre 2013 paru sur le site Poezibao

     

    antonio preteAntonio Prete

    Le lecteur est ainsi entraîné dans un voyage où le rêve côtoie l’observation directe du réel, où les fantasmes de l’enfance sont mêlés à des souvenirs précis ; il suit avec aisance toutes les pistes pour lui tracées, il partage l’enjouement de l’auteur, son émotion, son humour, sa tendresse, et découvre dans ce nouvel ordre des choses qu’on lui présente, étranger seulement en apparence, l’harmonie à laquelle il aspire et la réponse à ses questions pourvu qu’il fasse sienne la réflexion d’Amelio, le « philosophe solitaire » qui étudie la « langue des oiseaux » : 

     Il y a quelque chose qui passe, indéchiffré, dans la langue des hommes et appartient aussi à la langue des oiseaux. Il y a quelque chose plutôt qui unit toutes les langues des hommes, leur pluralité disséminée, et qui est commune à la langue des oiseaux. C’est le vent qui est dans nos voyelles, le bruissement qui tremble dans les syllabes, le silence qui soutient la phrase, la courbe musicale qui vibre dans l’intonation.

    L’Ordre animal des choses est en fait très étroitement lié – quoique sur le mode de la fiction – à l’autre livre d’Antonio Prete que présente la collection « Stilnovo » : les deux ouvrages vivent en écho l’un de l’autre, en parfaite syntonie.

     

    À l'ombre deCe livre est un essai sur la traduction du texte poétique intitulé  À l’ombre de l’autre langue (All’ombra dell’altra lingua) dans lequel l’auteur se situe à l’opposé de toute théorie corsetée, de tout manifeste péremptoire : il expose simplement, dans une langue fluide, élégante, aux multiples résonances, le fruit de lectures et réflexions s’étendant sur plusieurs années et ayant alimenté sa propre pratique du traduire.  

    Sa position est fondée sur deux données essentielles à ses yeux : la traduction est en soi un acte d’écriture ; la traduction est la meilleure interprétation que l’on puisse donner d’un texte. À la fois création et exégèse, elle possède les vertus d’hospitalité, d’écoute, d’imitation, de musicalité, d’imagination, de capacité à transposer et métamorphoser qui donneront lieu non pas à une pâle copie de la langue originale, non pas à une trahison de son auteur mais à un nouveau texte écrit dans une autre langue – qui a ses propres sons, ses rythmes, ses formes, sa structure – grâce à laquelle le traducteur peut lire, explorer, interroger la première et qui joue le rôle d’une camera oscura comme le souligne Leopardi dans le Zibaldone : « De sorte que l’effet sur notre esprit d’un texte écrit en langue étrangère est semblable à celui des perspectives reproduites et vues à l’intérieur d’une chambre noire, lesquelles ne peuvent être distinctes et correspondre vraiment aux objets et perspectives réels que si la chambre noire est adaptée pour les rendre avec exactitude ; si bien que tout l’effet dépend de la chambre noire plutôt que de l’objet réel. »

    L’ouvrage est placé sous la double égide de Leopardi et de Baudelaire, dont Antonio Prete a traduit Les Fleurs du mal, illustrant à la perfection ce qu’il nomme une « esperienza d’amore » comme en témoigne le premier quatrain de L’albatros :

     

    Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
    prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    le navire glissant sur les gouffres amers.

     

    Spesso, per divertirsi, uomini d’equipaggio
    catturano degli albatri, vasti uccelli dei mari,
    che seguono, compagni indolenti di viaggio,
    il solco della nave sopra gli abissi amari.


    Pour aller plus loin vous pouvez découvrir la note de lecture par Gérard Arseguel du 10 janvier 2014 paru sur le site Poezibao

    L’édition française a tenu à offrir aux lecteurs – et tout particulièrement, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un ouvrage à caractère universitaire, aux étudiants, chercheurs et enseignants – un véritable outil de travail en adjoignant au texte un appareil de notes qui ne figure pas dans l’édition italienne, ainsi que les originaux des exemples cités par l’auteur.

    Danièle Robert

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    Pour participer à ces deux soirées en présence de Danièle Robert et Antonio Prete :

    Mercredi 5 février à 19 h 30, au Centre Internationnal Eugène de Mazenod (C.I.E.M.), 2 bis  rue Eugène de Mazenod à Aix-en-Provence. Cette rencontre sera animée par Françoise Haccoun et sera présidée par Hervé Castanet.

     Participation aux frais : 10 € – Étudiants : 5 €. Ce séminaire est ouvert au public sur inscription préalable.

    Rens. : 06 24 23 29 69 / 06 61 89 98 70

     Vendredi 7 février à 19 h, à l'espace Doun, 8 avenue d'Aix à Rognes. Renseignements au 04 42 50 10 85. Entrée libre. 

     

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    L’Ordre animal des choses, traduit par Danièle Robert, les éditions chemin de ronde, coll. « Stilnovo », 96 pages, 11€ (dist. Vrin). ISBN : 978-2-905357-07-6

    À l’ombre de l’autre Langue. Pour un art de la traduction, traduit par Danièle Robert, les éditions chemin de ronde, coll. « Stilnovo », 128 pages, 14€ (dist. Vrin). ISBN : 978-2-905357-08-3

    Ces deux titres sont disponibles en librairie ou sur Internet.


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