• Sauvons l'Or des fous !

     

    Souvent dans l'ignorance et parfois dans l'indifférence générale, de nombreuses librairies et maisons d'éditions, œuvrant en faveur de littératures exigeantes et de qualité, disparaissent chaque année.

    Beaucoup souffrent et ne le disent pas.

    Quant à celles à l'agonie, les appels aux secours sont malheureusement trop tardifs. Et ces appels, quand ils sont entendus, laissent peu de place à des élans de soutien et de solidarité efficaces.

    Il n'est jamais aisé de demander de l'aide...

    Toutefois, certaines actions en soutien ont permi à certains vaisseaux de redresser la barre. Et pour d'autres, de maintenir la tête hors de l'eau en attendant que la tempête passe.

     

    Il est une embarcation, en Vaucluse, qui se trouve aujourd'hui à la dérive. À la merci des vents et de l'indifférence... Les éditions L'or des fous, créées par Isabelle Bourgueil, sont dans une situation économique catastrophique, et seul un grand mouvement de sauvetage pourrait l'empêcher de sombrer.

     

    Ceux qui sont venus à la première édition des Beaux de la petite éditions, à Cadenet, en avril dernier, ont déjà eu l'occasion de rencontrer Isabelle Bourgueil. Au-delà du fait de venir présenter ses livres, Isabelle Bourgueil nous avait fait l'honneur de participer à la première rencontre débat du salon. La rencontre s'intitulait La grande inconnue du grand public. Qu'elle visibilité pour la petite édition ? Isabelle Bourgueil était aux côtés de Romain Mollica des éditions The Hoochie Coochie et de Jean-Roch Siebauer co-fondateur de la librairie Le lièvre de mars.

     

    Mais, je suis bien conscient que tout le monde ne connait pas les éditions L'or des fous. Aussi je vous invite à lire, ci-après, un article paru dans la revue en ligne Contre-feux (la revue littéraire de lekti.com). L'article en question est en fait une lettre ouverte qu'Isabelle Bourgeuil a écrit en août 2006 présentant sa maison d'édition et par là-même son travail.

     

      Lettre ouverte à tous, et en particulier aux libraires, aux lecteurs, aux acheteurs de livres de bibliothèques, aux éditeurs, aux auteurs, aux journalistes.

    De la volonté d’éditer des éditeurs de petites tailles et de la longue vie de certains livres, chronique d’une impossible disparition de L’or des fous et d’autres éditeurs.

    Nous vivons une expérience éditoriale à l’envers de toutes les recommandations du vieux et nouveau monde économique. L’aventure a débuté par une belle histoire, une rencontre, une reconnaissance au bord d’un Océan de deux humains et de leurs doubles en devenir.

    De cette rencontre est née une maison d’édition. Vu le programme éditorial de L’or des fous, aucune banque solidaire consultée n’a prêté d’argent. Le programme, de quatre à six titres par an, n’a pas séduit ; sa principale raison d’être, non plus : éditer « des livres qui n’ont d’autre génie que le génie qui s’en tire pour le plaisir de vivre mieux » ; ses modalités, n’en parlons pas : éditer peu, porter longtemps ces livres, les défendre au mieux et les éditer en zone rurale. Les débuts furent héroïques avec les petites économies d’une personne. Extrait de la présentation de L’or des fous éditeur :

    « L’or des fous met donc toute sa passion de vouloir-vivre en œuvre, afin de propager la conscience de ce qui, dans le monde doit être changé, pour que « la liberté et le bonheur, qui s’énoncent au singulier, se conjuguent au pluriel. » Avec quelque quatre à six titres par an, « Nous qui désirons sans fin », souhaitons envers et contre tout entendre résonner la vie en nous et dans nos mille intérieurs. Nous publierons des textes de littérature et des essais de sciences humaines et sociales. Nous puiserons les ingrédients du bonheur dans l’incommensurable fonds de textes épuisés ou oubliés et bien d’autres inédits anciens ou contemporains écrits ou en création permanente. »

    L’or des fous éditeur, après seize mois d’existence, fait aujourd’hui partie du paysage éditorial. Cependant, notre maison d’édition doit 9000 euros à son imprimeur préféré, l’imprimerie La Vallée et quelque 10 000 euros à une personne privée. Aucun des deux n’expédiera L’or des fous en prison et L’or des fous les remercie chaleureusement.

    Nous ne sommes pas seuls dans ce cas mais ceci n’est pas une raison de se taire ; nous ne voulons ni emprunter, ni suivre la logique de surproduire pour s’en sortir économiquement, parce qu’humainement, certains éditeurs ne vivent plus et perdent leur vie ; nous voulons que nos livres soient connus et lus. Nous voulons aussi, en attendant de s’offrir un jour tous les livres désirés du monde, que nos livres se vendent.

    Malgré cet obstacle majeur, l’argent, nous voulons vivre fidèles aux textes que nous publions. Nous expérimentons ici et maintenant la vie de ce que nous pensons être celle d’un éditeur sensible ; parallèlement, la voie impériale proposée par la Pottérisation et la Googlisation de nos sociétés séduit la majorité ; bravo aussi à notre chère et douce télévision qui entretient le désordre économique et siphonne les consciences depuis plus de 60 ans !

    L’or des fous continuera d’exister si nous vendons environ 3000 exemplaires supplémentaires soit environ 500 exemplaires de chacun de nos six titres. C’est beaucoup et peu en même temps.

    Que veulent dire ces chiffres ridicules ? Ils indiquent simplement qu’en édition il y a un dérèglement de type climatique ; la plupart des petits tirent leurs livres en dessous de 1000 exemplaires alors que les gros « tirent groupés » à des milliers voire à quelques millions d’exemplaires. Cette course à la survie contraint certains petits éditeurs à surproduire pour survivre alors que les quelque dix plus importants groupes d’industrie culturelle (éditoriaux) français sortent plus de 40 000 nouveaux titres ou nouvelles éditions sur les 53 000 comptabilisés au total en 2005. Chaque jour, ces livres reviennent en boomerang après une courte exhibition dans les librairies à ces gentils messieurs dames de la grande édition qui, tous les matins, les brûlent ; dans le pire des cas, ils les envoient dans les pays dits en développement, l’Afrique appelée francophone en particulier et sapent ainsi depuis la colonisation l’édition locale.

    Ces groupes occupent de façon totalitaire les rayons dont nous autres, nous trouvons de plus en plus exclus. Alors que quelques 300 marques - par exemple Larousse, Fayard, Le Robert, La Découverte, Seuil, etc.- concentrées dans les groupes susnommés industriels ou familiaux se partagent à peu près 2 milliards d’euros sur 2,5, l’édition de petite taille, elle, maintient une édition souvent, pas toujours, de création et de qualité insuffisamment soutenue.

    Les groupes éditoriaux disposent d’argent frais ou trésorerie qui ne provient pas toujours des revenus des ventes des livres clonés et produits en série pour une majorité ; ils mettent la main sur les valeurs sûres commercialement parlant et rarement humainement, ils achètent les droits pour des inédits à l’étranger, ils achètent les auteurs comme un joueur de football, ils achètent encore les meilleurs traducteurs et achètent notre espace public en le privatisant. Ils achètent et vendent sans autre considération humaine et culturelle.

    Ils s’amusent à quelques-uns à encombrer les rayons des rares librairies et par conséquent appauvrissent un peu plus l’intelligence et la curiosité des Homo sapiens sapiens. Ceux-ci, fatigués et débordés par des questions de survie peuvent difficilement reconnaître, démêler, et dépasser enfin, les fils d’un vieux piège en permanente transformation, celui du maintien des peuples dans l’ignorance.

    La surproduction de livres clonés relève de l’anti-diversité culturelle et crée l’illusion culturelle par le vide invisible. Ces livres objets jouent un rôle dans le Spectacle créant en permanence des spectateurs désenchantés du monde. Par notre diversité, nous continuerons à l’enchanter !

    Nous n’avons ni gagné ni perdu cette aventure.

    Merci à tous ceux qui défendent la vie au quotidien ; Merci à tous nos ami(e)s et en particulier à Raoul Vaneigem et aux auteurs qui nous font confiance ; merci à Court-circuit et son équipe de nous diffuser et distribuer et à Lekti-ecriture.com, plate-forme de l’édition indépendante sur Internet, de nous avoir accueilli ; merci à Jean Pencreac’h qui corrige nos livres gratuitement ; merci à tous les libraires et lecteurs qui nous encouragent chaque jour.

    Merci de faire passer ce petit mot à tous vos amis et lecteurs ; merci de nous aider à continuer.

    Merci de faire circuler ce texte. Merci de nous aider à continuer.

     

    L’or des fous, I.B. lundi 28 août 2006, Nyons.

     

    Plus de cinq ans que cette lettre est parue. Elle avait déjà le gout des chemins difficiles. C'était déjà un premier appel, mais le soutien reçu n'aura duré qu'un temps.

    Aujourd'hui nous autres lecteurs et acteurs du Livre nous pouvons agir pour participer au sauvetage de cette maison d'éditions.

    Pour se faire, et pour les impatients, il suffit de commander sur Internet, via le site Lekti, quelques titres au catalogue (disponible ici). Il n'est pas trop tôt pour commencer les achats de Noël.

    Pour ceux qui tiennent à maintenir la présence, près de chez eux, de leur librairie préférée, pourront commander directement aupès de cette dernière.

    Pour les bibliothèques et autres particuliers qui souhaitent s'adresser directement à Laure la nouvelle présidente de l'association des éditions, vous pouvez passer commande à l'adresse suivante :

     L'or des fous
    85, rue Bonnat
    31400 TOULOUSE


    -------------------------------------
    Téléphone :  (33) (0) 650 333 430

    Courriel : lordesfous.editions[@]gmail.com

     

    Il ne s'agit pas de « quémander » de l'aide. Les éditions l'Or des fous souhaitent toujours durer ce qui me paraît important compte tenu de l'énorme travail qu'Isabelle Bourgueil fournit depuis plusieurs années.

     

    Mais Isabelle est tenace, elle tient toujours la barre... Et coûte que coûte elle tient encore à hisser un nouveau titre. Le livre sortira le 15 novembre prochain, n'hésitez pas à vous en saisir !

     

    Sauvons l'Or des fous !

    Merde in France 

    de Farida Tahi.

     

    Résumé

     

    Au rez-de-chaussée de l’immeuble évidé, au milieu d’un terrain vague de l’Est parisien, Moktar s’accroche à son bistrot ; les bulldozers des promoteurs attendent qu’il cède aux pressions. Mais lui, il l’aime son bistrot, il aime ses laissés-pour-compte qui viennent ici se réchauffer le cœur.

      Zine, Miguel et Ba, trois jeunes Français issus de l'immigration, rencontrent dans leur quartier Jean-Pierre Morin, éducateur anarchiste. Leur entente fraternelle va les embarquer dans la lutte, du droit au logement au braquage désorganisé. 

    Les quatre jeunes gens créent un comité de soutien à leur pote Moktar et au maintien des habitants du quartier. Le bistrot devient le QG de la lutte.

      Extrême gauche contre extrême droite, squatters éperdus, militants purs mais durs, jeunesse égarée, partis politiques inconsistants, tout le monde prend une claque.

      Renouant avec le roman noir, Farida Tahi retrace, avec un humour au couteau, une histoire, celle de ceux qui n’ont rien, d’existences en marge, de combattants privés du minimum.

      Dans les filets de l’infâme, la fraîcheur, l’humour, la poésie se fraient un chemin dans une atmosphère fébrile.

      Dans ce premier roman, elle nous surprend par une langue de béton et d’amitié.

     

    Biographie

    Farida Tahi, née à Paris en 1960, grandit à Ménilmontant. Petit cancre à l'école, elle adore les poèmes de Jacques Prévert et les romans insolites d'André Breton. Sa rencontre avec les squatters de l'Est parisien, dans les années 90, marque à jamais les sens aiguisés de sa passion pour un monde plus juste et meilleur.

     

    Extrait

     « Moteur éteint, on observe cachés derrière la caisse. Plus fou que ça, je meurs ! Le dingue a terrorisé tout le quartier, juste par sa présence, un malade profond, ce type ! Que dis-je ? Un fou en liberté, un vrai ! Incurable ! Personne ne lui en veut sous prétexte qu’il est bourré de circonstances atténuantes. Qu’il a grandi dans le coin et qu’il fait partie de ces hommes courageux qui, pendant qu’ils ne tuent personne, risquent  leur vie pour les autres. Il a même été médaillé par le Président de la République ! Tout le voisinage s'est planqué. Les maisons sont barricadées. Les commerces fermés. Ici, personne ne bronche avant le coucher du soleil. Heure où notre dégénéré de la gâchette entame sérieusement l'apéro ! En attendant le pastaga, la rue est transformée en centre de tir. Bing, bing ! ça dégage ! ça saute ! ça voltige ! N'ayons plus peur des mots, disons-le, ça cartonne comme à la fête foraine! Un panneau de sens interdit vient de faire trois fois le tour de son poteau pour s’écraser sur le bitume. Bing ! Le phare gauche de la Deux chevaux verte ! Déplumé, le petit moineau sur le fil électrique. Bing ! Bing ! Bing ! Le nain en terre dans le jardin du voisin a enfin perdu son vilain nez. Dégommée ! une poubelle s’écrase sur le trottoir et dégueule toutes ses ordures. Ils n’avaient pas fait le tri. Bing ! dans la boîte de conserve. Bing ! Toujours dans la même boîte de conserve. Et re-bing bing, c'est plus une boîte mais une passoire. Du calme, l’acharné du tir tous terrains recharge son fusil. Nous marchons sur la pointe des pieds. Ça fait mal aux orteils. En file indienne. J.-P. en tête, Miguel en queue. Moi, j’essaie de me blottir au milieu, à l’avant au plus près possible de J.-P., à l’arrière au plus proche de Miguel. Il peut penser ce qu’il veut… je sais que je ne suis pas « pd ». Je rase les murs, de concert avec eux. Je ne les ai jamais rasés d’aussi près ! Ça racle ! On arrive enfin derrière la maison. Il ne nous a pas vus. C’est bien lui, grandeur nature ! Je voudrais crier au secours ! Maman ! Au dingue ! Au fêlé ! Au feu ! Mais si je respire trop fort, c’est moi qui vais devenir la cible de ce vandale. Maintenant, le barjot du tir aux environs joue avec sa mère. Pauvre vieille ! Ligotée sur une chaise, elle lui sert de carton. C'est reparti, mon kiki ! Bing au-dessus de la tête ! Bing ! Bing ! Au-dessus des deux épaules ! Ou ce con est vraiment un tireur d’élite, ou sa mère a le cul bordé de nouilles comme on dit pas loin de chez vous !

       Bouge pas, m’man ! lui ordonne-t-il.

       Serge, arrête tes bêtises ! C’est mauvais pour mon cœur ! mon cœur ! supplie-t-elle en vain !

       Bouge pas, j’te dis, j’vais pas tirer dans le cœur ! lui répond-il aussi sec, l’arme en joue braquée à deux mètres devant elle.

    La mère tremble. Et continue de le supplier de cesser le feu !

       J’ai du bourguignon dans la cocotte, faut que j’aille éteindre le gaz !

    Serge s’impatiente. S’énerve. S’excite. Il va chercher le journal et le coince entre les deux mâchoires de la mère tétanisée pour étouffer ses gémissements.

       J’l’ai éteint, ton feu, maintenant reste calme, m’man, et bouffe ça en attendant, poursuit-il toujours le regard précis dans la lunette de son fusil à pompe.

       

    La pauvre femme tremblante sur sa chaise laisse encore passer à travers le papier journal quelques plaintes de supplices et d’angoisses. Nous, devant ce tableau de l’horreur, prions pour elle, en fermant les yeux un coup sur deux. »

     

     

    Sortie : 15 novembre 2011

    Éditeur : Or des fous éditeur

    Auteur : Farida Tahi

    Titre : Merde in France

    Genre : roman noir

    Nb de pages : 168 p.

    Format : 12 x 18,5cm

    EAN : 9782915995091

    Prix : 16 euros

     

    Si certains fous s'évertuent à sauver des banques,

    nous autres, simples homos sapiens sapiens,

    nous nous devons bien de sauver L'or des fous !

     


  • Commentaires

    1
    tahi farida
    Jeudi 11 Avril 2013 à 09:47
    bravo, on est sur la même longueur d'onde... Vive les homosapiens!!!!!!
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